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    André Godin, Thiérachien et homme de coeur
    L'histoire de la région
             Ecrit par terascia le Tuesday 27 March à 17 h 41
              Contribution de terascia





    Jean-Baptiste-André Godin.
    Jean-Baptiste-André Godin
    André Godin
    Grand industriel et sociologue. Né à Esquehéries, fils d'un modeste maréchal-ferrant de village, il entreprit à l'âge de 15 ans de faire son tour de France selon l'usage chez les fils d'artisans à cette époque.

    Il commença par l'atelier de son oncle Moret, serrurier à Crécy en Prie près de Meaux. Il travaille ensuite dans différents ateliers à Meaux, Paris puis Bordeaux. Arrivé avec deux sous en poche à Toulon, reprend la route pour Montpellier, Marseille, Saint-Gaudens, Nimes, Lyon. Ouvrier accompli,il rentre à l'atelier paternel. Puis il s'établit à son compte comme fabricant de poêles.

    Au lieu de les construire en tôle selon l'usage du temps, il les coule en fonte, et prend un brevet de fabrication. Le premier poêle Godin de ce genre fut vendu à Monsieur BERTRAND quincaillier à Etreux. Après un an, il en avait vendu une centaine et possédait 13 000 francs. Il commença à s'intéresser aux travaux d'un sociologue du nom de FOURRIER qui avait écrit un livre dans lequel il exprimait sa conception mutualiste du travail. Il envisageait la vie ouvrière comme une communauté de travail et de vie, tant à l'usine que pour la famille, chacune possédant ses appartements dans un immense complexe.

    L'usine d'Esquehéries prospérait mais les communications avec ce village étant incommodes, Godin achète du terrain au Nord de la ville de Guise et y installa sa fabrique. Celle-ci prit de l'extension et ce n'était plus en une année qu'on vendait cent appareils de chauffage mais en un jour!

    La fortune de son propriétaire devenait considérable. Bientôt son esprit positif constatant l'impossibilité de réaliser pleinement ce qu'avait conçu Fourrier, il retînt ce qui était réalisable, élimina ce qui n'était pas possible à l'ouvrier du 19° siècle et conçut les plans du Familistère. le premier pavillon débuta en 1859 pour loger 150 familles.

    En 1865 un second pavillon fut terminé, puis un troisième et un quatrième ce qui porta le nombre de familles logées à 850 en ces bâtiments. C'était selon ses vues un palais social, avec boulangerie, épicerie, chantier de charbon, boucherie et même cuisine commune.

    Celle-ci échoua bien vite devant le particularisme alimentaire des ménagères, celle-ci voulait des pâtes quand 1'autre désirait la soupe ! Pour les enfants on créa une école, plusieurs classes Pour les loisirs: Théâtre, harmonie, société de gymnastique, bibliothèque, jardins individuels. Un journal même avait été envisagé, mais il dut bientôt suspendre son tirage, la polémique ne faisait pas bon ménage avec les idées de Godin.

    Mais le grand projet de celui-ci fut d'associer en 1880 le capital au travail de diverses manières. Homme de cœur, son oeuvre n'est pas parfaite, mais il a eu l'immense mérite de la faire naître et d'assurer un meilleur bien-être à une grande quantité d'ouvriers travaillant dans ses ateliers.

    Cliquez ici pour visiter le site Internet du Familistère Godin

    Transmission du capital aux membres actifs de la société.

    La répartition des bénéfices se fait au moyen des «parts d’épargne» ou parts de Capital distribuées à la fin de chaque exercice, proportionnellement aux bénéfices réalisés au cours de l’exercice et suivant les règles fixées dans les statuts. Ces parts sont des titres de commandite constatées par des certificats nominatifs. La cession même partielle d’un titre d’épargne est, en règle générale, interdite à tout membre de l’ Association tant qu’il y travaille. S’il quitte la Société, la cession peut être autorisée par le Conseil de Gérance. Le capital social, à l’origine propriété exclusive de GODIN, est passé progressivement entre les mains du personnel;

    cette transformation s’est opérée de la manière suivante : Les apports statutaires du Fondateur (bâtiments, matériels, marchandises, brevets, etc...) furent, à la création de l’Association, évalués à quatre millions six cent mille francs et constituèrent le capital social originaire ; GODIN reçut un certificat d’apports du même montant. Supposons qu’après avoir défalqué les bénéfices du premier exercice, les amortissements et charges sociales, il soit resté un dividende de quatre mille francs environ. Ce dividende fut payé en espèces au Fondateur, mais son certificat d’apports fut diminué d’autant, et la somme ainsi remboursée fut transformée en titres d’ épargne distribués, suivant les statuts, entre les membres de la Société. Le capital se décomposait alors à la fin du premier exercice : En quatre millions deux cent mille francs d’apports de GODIN et en quatre cent mille francs de parts d’ épargne, soit au total quatre millions six cent mille francs.

    Après un certain nombre d’exercices et de distributions de dividendes, le certificat d’apports de GODIN fut complètement remboursé et le capital originaire de quatre millions six cent mille francs se trouva intégralement remboursé et le capital originaire intégralement divisé en parts d’épargne ou parts de capital passées entre les mains du personnel. En fait, cette transformation fut achevée en 1894. Les travailleurs de l’Association, en quatorze ans, étaient devenus propriétaires de l’entreprise et, pour constituer leurs parts de capital, ils n’eurent jamais à prélever la moindre somme sur leurs salaires. Ainsi, en 1894, tous les titres d’apports étaient convertis en titres d’épargne. Mais le capital ne devait pas s’immobiliser entre les mains des nouveaux possesseurs. La possibilité d’acquérir les parts du fonds social est assurée indéfiniment aux travailleurs successifs de l’Association par l’article suivant des statuts : «Lorsque tous les titres d’ apports seront transformés en titres d’épargne, ceux-ci à leur tour seront remboursés et le remboursement s’opérera par ordre d’ancienneté.» A chaque nouvelle distribution de bénéfices en parts d’épargnes correspondant un remboursement égal des parts les plus anciennes, à moins qu’une augmentation de capital soit jugée nécessaire. En conséquence, à la fin de chaque exercice, il est procédé à un remboursement de parts en espèces égal à la nouvelle distribution, et ce remboursement s’effectue sur l’exercice le plus ancien restant à rembourser.

    Participation du personnel à la gestion.

    Quatre cent vingt membres de la société du Familistère, ouvriers et employés, possèdent la qualité d’ associés et prennent part aux délibérations des assemblées générales de l’association. Parmi ces associés, six d’entre eux sont nommés chaque année par l’assemblée générale et choisis parmi ces membres pour faire partie des conseils de gérance et de surveillance de la société. Les trois conseillers de gérance, nommés par l’assemblée, ont les mêmes droits et prérogatives que les conseillers de gérance siégeant par droit de fonction. Les trois membres formant le conseil de surveillance sont chargés d’examiner les comptes de l’entreprise et d’établir un rapport présenté par eux à l’assemblée générale sur la situation morale, industrielle et financière de l’Association.» En plus de cette structure qui préfigurait les théories modernes de la cogestion de l’entreprise, une infrastructure sociale et culturelle constituait un environnement unique. L’assurance des pensions et du nécessaire à la subsistance.

    Cette assurance, nouveauté sociale hardie à l’époque où elle fut instituée par GODIN, a pour principal objet de servir des pensions d’invalidité aux membres de l’Association devenus incapables de travailler ; de donner le nécessaire aux familles des habitants du Familistère dont les ressources seraient momentanément insuffisantes ; de prendre soin de leurs orphelins ; de venir facultativement en aide aux veuves et aux orphelins des participants et des auxiliaires. Les ressources de l’assurance de ces pensions et du nécessaire sont fournies exclusivement par la société, sans aucune retenue sur les salaires. La pension est accordée aux personnes attachées à l’établissement par d’anciens services et dans le cas d ’incapacité notoire de travail. Après quinze ans de service, la pension statutaire des associés a été fixée en 1880 à soixante quinze francs par mois pour les hommes, et à quarante cinq francs par mois pour les dames. La pension statutaire et journalière des participants et des auxiliaires est fixée de la manière suivante pour les personnes employées dans les services du familistère et de l’usine : Après quinze ans de service en une seule fois : hommes : 1F., dames : 0.75F.

    En 1871, GODIN écrivait :

    «Tous les jours, se renouvelait pour moi le dur labeur d’un travail qui me tenait à l’atelier depuis 5 heures du matin jusqu’à 8 heures du soir. Je voyais à nu les misères de l’ouvrier et ses besoins, et c’ est au milieu de l’accablement que j’en éprouvais que, malgré mon peu de confiance en ma capacité, je me disais : si un jour je m’élève au dessus de la condition de l’ouvrier, je chercherai les moyens de lui rendre la vie plus supportable et plus douce et de relever le travail de son abaissement.»


    Extrait de «Solutions sociales», par Jean-Baptiste GODIN.


     
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